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Dans l’article précédent, nous avons dit que l’éthique chrétienne avait en vue le bien de tous, même si elle était motivée par la foi en Dieu, créateur et rédempteur. Cette conclusion est valable non seulement pour l’éthique sociale (le soin des pauvres et marginalisés) mais aussi de l’éthique familiale et sexuelle (même si nous avons noté que c’est moins évident à première vue). Cet accent éthique que j’ai souligné fait partie d’une vocation plus fondamentale qui est d’être ambassadeurs de Christ dans un monde qui ne reconnaît pas sa royauté. Notre vocation est d’être ses ambassadeurs.

Les deux tâches des ambassadeurs

En tant qu’ambassadeurs du Royaume, nous devons connaître le monde dans lequel nous sommes envoyés. Notre tâche n’est pas différente de celle de tout autre ambassadeur. Bien que représentant son pays et parlant pour lui (pour son président ou son roi), un ambassadeur doit bien connaître la culture, la manière de penser, les attentes, les a priori du pays dans lequel il a été nommé. Imaginez qu’un ambassadeur nommé en France ne connaisse rien de l’Histoire et de la culture française… comment pourrait-il dire à celui qu’il représente comment conduire des traités commerciaux ou comment améliorer les relations entre les deux pays ? Il serait rapidement bloqué.

Si la première dimension de notre vocation est de représenter Christ en étant modelé à son image (1 Co 11.1), la deuxième est de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Paul lui-même a fait cela dans son ministère. Par exemple, lorsqu’il arrive à Athènes, il prend le temps d’observer cette nouvelle cité et d’essayer de discerner ce qui la fait vivre. Il prend aussi le temps de parler avec ceux qui sont les « têtes pensantes » de ce nouveau monde (Ac 17.1-18). Le résultat est son discours à l’Aréopage qui prend en compte la réalité culturelle et philosophique de la ville. Si le chapitre ne se termine pas sur la fondation claire d’une communauté chrétienne, des membres de cette assemblée de notables athéniens s’attachent à Paul… ce n’est pas rien !

Nous sommes aussi appelés à comprendre notre société. Nous devons y vivre les yeux et le cœur ouverts, prêts à voir, entendre et discerner quels sont ses espoirs, ses illusions et ses contradictions.

Paul était ambassadeur du Royaume, porte-parole de la grâce de Christ mais il a aussi cherché à comprendre le monde dans lequel Dieu l’avait placé comme ambassadeur. Notre vocation n’est pas différente. Nous sommes aussi appelés à comprendre notre société. Nous devons y vivre les yeux et le cœur ouverts, prêts à voir, entendre et discerner quels sont ses espoirs, ses illusions et ses contradictions. Paul a vu que les Athéniens, formés à se voir comme sages par-dessus tout, ne l’étaient pas. Il a tenté de leur montrer que leur sagesse était une illusion… comme leurs dieux. Nous devons faire la même chose. Nous ne devons pas simplement vivre, mais comprendre, afin de témoigner.

Au service de la société, mais pas une finalité

Une autre manière d’être ambassadeurs du Royaume est d’être au service du monde sans lui appartenir. C’est une vocation particulièrement difficile à vivre, car deux extrêmes nous attendent. Le premier est de rejeter totalement le monde : comme nous servons un seul Seigneur, nous ne devons rien à la société. Le deuxième extrême est de réduire notre vocation au service de la société. Les deux attitudes trouvent une inspiration biblique, mais elles ne donnent qu’une image partielle de notre vocation.

Notre service de la cité aura une fin, car le monde dans lequel nous vivons aura une fin.

Il me semble qu’actuellement, la tendance la plus présente est la sur-valorisation de l’engagement en faveur de la ville. Servir la cité est même devenu un slogan. Nous sommes appelés à servir la cité. Ce n’est pas faux, mais c’est incomplet, car cet appel ne prend son sens que lorsqu’il est approché dans sa dimension ultime qui est dirigée vers la pleine venue du Royaume. Notre service de la cité aura une fin, car le monde dans lequel nous vivons aura une fin.

Le passage souvent invoqué pour mettre l’accent sur le service de la société est le passage de Jérémie 29.7 : « Recherchez la paix de la ville où je vous ai déportés et intercédez auprès de l’Éternel en sa faveur, parce que votre paix dépendra de la sienne. » Dans un certain sens, cela s’applique aussi à nous car nous sommes exilés dans un monde qui ne reconnaît pas le Seigneur auquel nous appartenons. Il ne faut cependant pas oublier que cet appel reçu par les exilés doit se comprendre dans la perspective de l’accomplissement de la promesse qui est le retour d’exil. Installé et cherchant le bien de Babylone, les exilés de Juda savent que leur finalité est le retour à Jérusalem.  De la même manière, notre recherche du bien de la cité est dirigé vers l’accomplissement de la promesse de Christ. Il reviendra pour glorifier le cosmos entier. C’est cela qui doit donner sens à tous les services que nous entreprenons, que ce soit celui de la ville ou celui de l’Église de Christ.

Le service de la cité est un bien, mais il serait facile d’en faire une finalité.

Le service de la cité est un bien, mais il serait facile d’en faire une finalité. Ce serait oublier que le service de la cité n’est pas une finalité en soi ou, plutôt, que c’est une finalité subordonnée à une autre finalité, celle du Royaume. Nous servons la cité dans la mesure où il contribue au chemin que Dieu trace et qui nous conduit vers le Royaume.

En toutes choses, nous demeurons donc ambassadeurs d’un seul Royaume, les porte-parole d’un seul roi : Jésus-Christ. Rien d’autre que cette condition fondamentale de notre vie ici et maintenant ne doit venir nous détourner de cette identité que nous avons reçue par grâce.

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