Comme nous l’avons vu dans nos précédentes émissions, les sources les plus abondantes sur Jésus sont les évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean. Si les sources non chrétiennes nous apprennent quelques éléments généraux sur Jésus, tous en accord avec les évangiles, ceux-ci vont tout de même bien plus loin quant à leur description de la personne et de l’œuvre de Jésus. La question qui se pose donc est celle de la fiabilité de ces évangiles. Ceux qui leur refusent toute fiabilité historique le font généralement surtout en raison de leur propre a priori naturaliste, comme nous avons pu l’évoquer. Mais qu’en est-il des chrétiens ? Pour quelles raisons reconnaissent-ils les évangiles comme historiquement fiables ?
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Comme nous l’avons vu dans nos précédentes émissions, les sources les plus abondantes sur Jésus sont les évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean. Si les sources non chrétiennes nous apprennent quelques éléments généraux sur Jésus, tous en accord avec les évangiles, ceux-ci vont tout de même bien plus loin quant à leur description de la personne et de l’œuvre de Jésus. La question qui se pose donc est celle de la fiabilité de ces évangiles.
Ceux qui leur refusent toute fiabilité historique le font généralement surtout en raison de leur propre a priori naturaliste, comme nous avons pu l’évoquer. Mais qu’en est-il des chrétiens ? Pour quelles raisons reconnaissent-ils les évangiles comme historiquement fiables ? A cette question, Daniel Marguerat répond en mobilisant cinq critères de fiabilité auxquels répondent les évangiles. Nous suivons ici son développement que nous adaptons légèrement par endroits.
Le premier critère est celui d’attestation multiple. Les évangiles sont fiables parce que bien des œuvres et paroles de Jésus qu’ils relatent se trouvent en au moins deux sources indépendantes l’une de l’autre. On peut ainsi retenir tout ce qui est attesté à la fois par Matthieu et Jean, ou si l’on élargit un peu, par Marc et Paul, dans ses épîtres.
Le deuxième critère est celui de l’embarras. Certaines paroles et actions de Jésus rapportées par les évangiles sont particulièrement embarrassantes dans le contexte de l’époque, ce qui confère aux évangiles un indice élevé d’historicité. Citons par exemple le baptême de Jésus par Jean, qui place le Messie en position de subordination par rapport à Jean le Baptiste et n’aide pas l’Eglise dans son conflit avec les cercles baptistes, ou encore la venue imminente du Royaume de Dieu, qui ne s’est pas produite du vivant des disciples, ou également la parabole du Samaritain, dans laquelle Jésus donne un Samaritain en exemple à des Juifs, ce qui est inouï pour l’époque. Citons encore le portrait que les évangiles dressent des disciples de Jésus. Bien souvent, ils ne comprennent pas la véritable identité de Jésus, ils agissent parfois à contre-courant de leur maître, ils fuient lorsqu’il se fait arrêter, Pierre notamment a beau juré qu’il ne l’abandonnera jamais, le renie par trois fois. Citons enfin le rôle que jouent les femmes, qui sont les premières à rapporter la nouvelle de la résurrection de Jésus, alors même quand le contexte culturel de l’époque, la parole d’une femme ne vaut pas grand-chose. Certainement, si l’histoire de Jésus relatée dans les évangiles était inventée de toutes pièces, les évangélistes s’y seraient pris autrement.
Le troisième critère est le critère d’originalité. Il s’agit ici de toutes les paroles et actions singulières de Jésus, qu’on ne retrouve pas chez ses contemporains. Daniel Marguerat mentionne ici le « Laisse les morts enterrer leurs morts » de Jésus, qu’on ne retrouve nulle part dans toute l’Antiquité, sinon auprès de quelques philosophes cyniques.
Le quatrième critère est celui de plausibilité historique, lequel consiste en l’énumération de faits et gestes plausibles dans le contexte de Jésus, donc ce qui s’intègre très bien dans le cadre du judaïsme palestinien du début du premier siècle, mais aussi ce qui explique l’évolution de la tradition de Jésus après Pâques. Daniel Marguerat parle ici de plausibilité en amont et de plausibilité en aval. Il donne pour exemple l’attachement de Jésus à la Torah, signe de son appartenance au judaïsme, plausibilité en amont, mais aussi son détachement de la loi par moment. Cette ambivalence du rapport de Jésus à la loi explique l’émergence de deux positions antagonistes du christianisme ancien à ce propos, plausibilité en aval.
Le dernier critère enfin est ce qu’il appelle une « logique de crise », c’est-à-dire le fait que tout récit de la vie de Jésus explicite les sources et les raisons du conflit entre Jésus et les leaders religieux Juifs.
Ajoutons un dernier élément à ces cinq critères. Les évangiles ont été rédigés hors de Palestine, en grec et non en hébreux ou en araméen, et à quelques dizaines d’années des faits qu’ils relatent. Il y a donc une certaine distance, géographique, linguistique et chronologique, entre la vie de Jésus et le récit qui en est fait par les 4 évangélistes. Avec une telle distance, on s’attendrait logiquement à certaines imprécisions dans le texte. Toutefois, de récentes études ont souligné que les évangiles font preuve d’une connaissance précise du contexte géographique, social, et même botanique de l’environnement de Jésus. En effet, les noms que prenaient les Juifs en Palestine étaient différents de ceux qu’ils prenaient dans d’autres pays, or les évangiles utilisent les bons prénoms dans des proportions extrêmement proches de ce que l’on pouvait retrouver en Palestine. Outre les noms personnels, les évangiles nomment entre 12 et 14 villes chacun, avec un total de 23 villes différentes, et font preuve d’une connaissance précise des lieux, des rivières, des durées de voyage, des altitudes, etc. A titre comparatif, dans les évangiles apocryphes, rédigés bien plus tard, on ne trouve au mieux qu’une seule ville mentionnée, et il s’agit de Jérusalem. Les évangiles mentionnent également un sycomore à Jéricho par exemple, un arbre qui ne pousse pourtant ni en Turquie, ni en Grèce, ni en Italie, mais qui pousse bien en Palestine. Autant de détails qui, couplés aux critères mentionnés précédemment, invitent à envisager les évangiles comme des récits fiables de la vie de Jésus.
Nathanaël Delforge est passionné de théologie et de philosophie, il est également le créateur et l’animateur de Kurious, une chaîne YouTube d’apologétique chrétienne. Professeur de mathématiques dans le secondaire, il poursuit des études de théologie en parallèle. Il est marié et père d’une petite fille.
































