Il descend, tête baissée, les marches d’escalier en bois du vieux bâtiment dans lequel il habite. Il va acheter son pain, à la boulangerie proche. Arrivé au rez-de-chaussée, de manière automatique, il regarde dans sa boîte aux lettres, même s’il sait que le facteur n’est pas encore passé. « M. Samuel Lévy ». Rien dedans, évidemment. Il ouvre la lourde porte métallique et sort, le nez sur le trottoir. Ses lèvres marmonnent une prière.
Il est sorti de son café : « Chez Momo », un torchon dans les mains. Il le passe sur les quelques tables, à l’extérieur, soigneusement. A cette heure, le quartier n’est pas encore bien réveillé. Seuls quelques habitués sont déjà installés à l’intérieur.
Au même moment sort un petit rayon de soleil. Alors, il tire une chaise et s’assoit. Il laisse son regard partir, de l’autre côté de la rue, vers l’eau du canal, qui n’est pas bleue, comme la mer. Mohamed a tiré de sa poche un chapelet de prière.
Au bord du canal, il y a un homme, assis sur un banc. Il est habillé de noir. Il ne bouge pas. Il tient ses mains unies l’une à l’autre, sur ses genoux.
Tout est calme à cette heure. Les joueurs de pétanque ne sont pas encore là. Ils jouent, derrière lui, sur le terrain de boules aménagé, entre le canal et la rue.
Jean ouvre les yeux. Ses lèvres murmurent : « Que ton règne vienne … Amen. » Il est bien, là, dans la paix du jour qui commence.
Le ciel hésite, entre gris et bleu. On ne sait pas encore s’il fera beau.
On voit, sur le canal, une légère brume grise au-dessus de l’eau. Et, de ces lointains pâles, s’élève un point noir, qui monte, et approche. Un oiseau. Ses ailes blanches sont déployées. C’est une mouette. Elle est seule. Elle vient.
Samuel, qui marche sur le trottoir, battant la mesure, d’une main et tenant une baguette de pain de l’autre, lève les yeux vers l’oiseau qui vient.
« Tiens ! C’est étrange … Il porte dans son bec un petit rameau de verdure. »
Il pense à Noé. A la fin des eaux. La promesse de la sortie de l’arche.
Samuel reste en arrêt, immobile, les yeux au ciel. La mouette avance et lui aussi, comme s’il la suivait.
L’oiseau passe à la hauteur de Momo, toujours assis au bord d’une chaise, à une table, devant son café. Momo voit l’oiseau aux ailes blanches, et il sourit. Son chapelet de prière retombe dans sa poche. Il voit Samuel arriver droit sur lui. Il l’a reconnu.
« Bonjour Samuel. Ça va, aujourd’hui ?
– Oui, Momo, la paix soit avec toi.
– Oui, oui, la paix soit avec toi, Samuel. »
La mouette s’est dirigée vers la canal à présent, où Jean est toujours assis. Saisi par ce vol blanc, si doux, au-dessus de lui, il se lève. Il aperçoit la petite branche verte dans le bec de l’oiseau. Il sourit. Ses yeux partent vers la pancarte, au-dessus du café : « Chez Momo ». S’il prenait un café-croissant ?
« Bonjour Momo.
– Ah ! Bonjour Jean … Tu vas pas à la prison, aujourd’hui ?
– Si, Momo, j’y vais …
– Et ça va ?
– C’est dur, Momo. C’est dur pour ces hommes, la solitude entre quatre murs …
– C’est vrai, c’est vrai. Mac toi, tu vas leur donner ta lumière, hein ? »
Momo a tapé sur l’épaule de Jean.
La mouette a laissé tomber le petit rameau vert.
Genèse 8 : 11 :
« La colombe revint à lui le soir, elle tenait dans son bec une feuille arrachée à un olivier. »
































