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Soir chaud d’été. Les odeurs remontent la petite rue éclairée qui longe le port. Les gens sont attablés aux terrasses des cafés. Les lumières, partout, contribuent à créer l’atmosphère chaleureuse. Parfois, un souffle d’air ou un cri de mouette rappellent que l’on est en bord de mer. Les cordages des bateaux, arrêtés au port, cliquettent au vent.

Au milieu de cette foule lente, qui avance, comme elle peut, un jeune couple se tient par la main. Ils sont là sans être là, parce qu’ils s’aiment et sont heureux. Le lieu ne leur ressemble pas. Mais, ce soir, ils n’ont pas eu envie de la solitude des plages, éclairées seulement par la lune, les pieds dans l’eau. Ils avancent, souriants à tout ce qui vient à eux. Un papa prend dans ses bras une petite fille aux bouclette d’or, qui tombe de sommeil. Un petit chien en laisse se met à aboyer, férocement, quand il croise un autre chien, trois fois plus gros que lui. Un jeune noir au chapeau excentrique propose ses colifichets. L’attention est partout dispersée.

Eclairée par une multitude de petites bougies multicolores, une jeune femme, de style hippie, a étalé devant elle des bijoux faits main. Ils attirent la jeune femme qui s’approche, suivie par son conjoint. Elle a saisi un bracelet réalisé avec une vieille fourchette en argent.

« C’est original, n’est-ce pas ? »

Oui, elle sait ce qui lui convient. Elle est belle, grande, élancée. elle porte une simple robe, blanche, droite, qui flotte autour d’elle. Il l’aime. Il est heureux en sa présence. Ils avancent.

Peu à peu, de ce brouhaha constant émerge une mélodie, et ils se laissent guider vers une petite place, un peu plus reculée. Sur une estrade, plusieurs guitares manouches. Ils sont doués. Leurs doigts cascadent sur les instruments. Le couple a trouvé son lieu et s’installe, tout près des musiciens, sous les platanes, pour se rafraîchir en les écoutant. Ils se sourient et joignent leurs mains. Cette musique a l’énergie d’un galop de chevaux. Ces petits chevaux blancs, racés, de la Camargue. C’est une grâce de pouvoir être là, simplement heureux, dans le temps arrêté.

Une femme a rejoint les musiciens sur l’estrade. Elle n’est pas belle, ni de visage, ni de corps. Ses cheveux, mal relevés sur sa tête, sont retenus par une simple barrette. Sa poitrine descend. Son ventre est rebondi. Sa jupe, délavée, est trop longue. Que vient-elle faire là ? De toute évidence, elle est connue du groupe. Ils marquent une pause. Ils se regardent. On dirait qu’ils se synchronisent.

Le corps de la femme est d’abord droit, immobile. Puis ce sont ses mains, uniquement ses mains, qui, de chaque côté du corps, s’élèvent peu à peu et se mettent à voleter autour d’elle, avec la grâce de papillons. on ne voit plus que le spectacle de ces mains, étonnantes, fascinantes. Le corps de cette femme est sublimé par la danse de ses mains. Ce n’est plus elle que l’on voit, mais un tourbillon printanier …

Comment est-ce possible ?

1 Samuel 16 : 7
« L’homme regarde à ce qui frappe les yeux
Mais l’Eternel regarde au coeur. »

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