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La confusion mène souvent à l’exclusion

Confusions sur les pistes

Nous sommes en juin 2018 et un événement atypique vient alors de se produire dans l’état du Connecticut. Un jeune homme « biologique » qui s’identifie comme une jeune fille « transgenre » vient de gagner deux compétitions en athlétisme en écrasant tous les autres compétiteurs…. mais pour être plus exact, il venait d’écraser toutes les autres jeunes « filles » biologiques qui étaient dans la compétition (Transgender teens outrun track and field competitors but critics close behind) .

Selina faisait partie de ces jeunes filles « biologiques ». Selina est une jeune fille qui s’entraîne depuis son tout jeune âge pour pouvoir un jour avoir une carrière professionnelle en athlétisme (8th Place: A High School Girl’s Life After Transgender Students Joined Her Sport) .Elle fait beaucoup de sacrifices pour pouvoir gagner le maximum de courses afin d’être repérée par d’éventuels recruteurs et pouvoir enfin réaliser son rêve. Cependant Selina voit dorénavant son rêve se détruire parce que, course après course, ce sont désormais les jeunes filles « transgenres », autorisées à courir avec les filles « biologiques », qui arrivent premières à la ligne d’arrivée.

Bien que ces jeunes hommes « biologiques » puissent légalement revendiquer un genre « féminin » parce que c’est maintenant leur droit (surtout après le vote de l’amendement HR-5 en Mars 2019 dans le cadre de l’« equality Act » ), il n’en demeure néanmoins que ces dernières demeurent des jeunes « hommes » créés à l’image de leur Créateur, des jeunes « hommes » à qui Dieu a fait la grâce d’avoir une musculature « masculine ». Et c’est précisément leur musculature « masculine » qui leur permet de vaincre les autres filles « biologiques » lors des compétitions athlétiques.

Il est alors important de remarquer que dans un élan déplorable de vouloir imposer la liberté de choix du « genre sexuel » comme une sorte de droit inaliénable, la société américaine est en train de nourrir une confusion désastreuse vis à vis de cette réalité de l’altérité sexuelle qui constitue un élément important de la définition même de notre humanité. En acceptant une telle « confusion » sur la féminité pour promouvoir la « liberté » et le rejet de toute forme de « discrimination » sur les terrains sportifs, nous ne pouvons alors qu’observer de manière impuissante à l’explosion d’une scandaleuse forme de discrimination « sportive » occasionnant l’exclusion même de toute forme de féminité « biologique » sur les terrains sportifs. La « confusion » sur la féminité n’a alors entraîné que « l’exclusion » de la féminité. La « confusion » sur l’égalité des droits n’a alors entraîné que « l’exclusion » de l’égalité en matière de compétition sportive.

Des terrains sportifs à nos églises locales

Mon but ici n’est pas de traiter de la question du transgenre et de la réponse biblique que nous devrions avoir. Ce sera d’ailleurs l’objet d’un autre article. Néanmoins, concernant ce sujet, je désire rappeler brièvement que nos églises sont appelées à manifester un profond amour envers ces hommes et ces femmes qui souffrent de « dysphorie sexuelle ». Comme chacun d’entre nous, ces hommes et ces femmes ont besoin de l’Évangile de Jésus-Christ pour passer de la « mort » à la « vie », et qu’ainsi, étant unis au Christ dans la puissance de l’Esprit et par la foi, leurs passions « esclaves » du péché puissent être transformées. Je vous recommande d’ailleurs les excellents livres écrit par Rosaria Butterfield à ce sujet.

Cependant, mon but ici est avant tout de réfléchir à ce principe que nous avons pu extraire de cette situation observée au Connecticut : la « confusion » mène souvent à « l’exclusion ». Je voudrais alors que nous puissions y réfléchir de façon plus particulière dans le cadre de nos églises locales au travers de trois exemples pratiques.

Un exemple de confusion eschatologique

De nos jours, dans nos milieux évangéliques, de plus en plus de mouvements prônant la prospérité de la « santé » gagnent du terrain. De façon générale, ces mouvements affirment une démarche radicale de foi vis-à-vis de la maladie, une démarche dans laquelle la « maladie » est combattue de façon systématique par la « prière de la foi », une foi qui « s’approprie » de façon immédiate la « victoire de la croix » sur nos souffrances et nos maladies présentes.

Un exemple de ce genre de dérive doctrinale se trouve dans la façon dont le pasteur Bill Johnson fait l’exégèse de Matthieu 6.10 lorsque Jésus enseigne aux disciples à prier et affirme alors au début de cette prière :

« Que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

Pour Le pasteur Bill Johnson, une telle prière nous permet d’affirmer que l’église est appelée à vivre dès à présent « la réalité du royaume de Dieu » qui est déjà « parfaite dans le ciel ». Pour lui, par exemple, compte-tenu du fait que le « cancer » ne fait ni partie de cette réalité du « royaume de Dieu » ni de la « volonté de Dieu » pour ce royaume, et compte-tenu que Jésus nous a enseigné à prier pour que la réalité de « ce royaume » au ciel soit alors identique à la « réalité » que nous vivons sur la terre… alors le « cancer » est une chose pour laquelle Dieu veut nécessairement nous guérir et pour laquelle nous devons prier (il appelle alors cela « avoir la culture du Royaume »).

Cependant, une telle approche est à la fois bien trop naïve, simpliste et irresponsable. Comme le souligne D.A. Carson à propos de ce verset (Matthieu 6.10) dans son excellent commentaire sur l’Évangile de Matthieu :

« Ce royaume fait irruption sous le ministère du Christ, mais il n’est consommé que vers la fin du monde (Matthieu 28 : 20). Prier « Que ton règne vienne », c’est donc simultanément demander que le règne salvifique et royal de Dieu s’étende dès à présent alors que des hommes et des femmes s’inclinent avec soumission devant le Christ, ces personnes goûtant alors déjà la bénédiction eschatologique du salut, mais c’est aussi le fait d’implorer la consommation [finale] du royaume. » (D.A. Carson, Matthew (The Expositor’s Bible Commentary), Zondervan (2017))

Vous pouvez alors remarquer que la compréhension du Pasteur Bill Johnson (ainsi que des mouvements qui lui sont semblables) crée une « confusion » eschatologique : Une confusion entre le « déjà » du Royaume de Dieu (inauguration du Royaume de Dieu dans notre nouvelle naissance en Christ) et le « pas encore » du Royaume de Dieu (résurrection future au travers de laquelle nous aurons un corps glorieux libéré de la souffrance). Et en faisant une telle confusion, il s’opère alors une « exclusion » : l’exclusion de la satisfaction du « déjà » du Royaume de Dieu.

En effet, de telles dérives théologiques, forcent le croyant à rejeter comme suffisante la réalité eschatologique présente qui lui est offerte dans son union à Christ par la foi. Cependant une telle réalité est profondément glorieuse ! En effet, au sein de cette réalité, alors que notre corps extérieur se détruit (car il est toujours sujet à la maladie et ultimement à la mort), d’un autre côté notre être intérieur est renouvelé de jour en jour car il est transformé de gloire en gloire à l’image du Christ (2 Corinthiens 4.16, 2 Corinthiens 5.1-8, 2 Corinthiens 3.18, voir aussi 1. Corinthiens 15.40-49).

Ainsi, lorsqu’une telle exclusion s’opère, le croyant, dénigrant alors la « grandeur » d’une telle œuvre accomplie par Dieu en lui, peut alors tomber dans le désespoir et l’insatisfaction car il n’arrive pas à vivre cette « réalité du royaume » dépourvue de toutes maladies et de toutes souffrances. Il n’est alors plus capable de proclamer ce que Paul affirme en Philippiens 4.12-13 :
« Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance. En tout et partout j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la disette. Je puis tout par celui qui me fortifie. »

Un exemple de confusion anthropologique

Une autre chose qui est répandue par ces mouvement prônant la « prospérité de la santé », est le fait que notre « parole », lorsqu’elle est empreinte de « foi », devient « créatrice » face aux épreuves de la vie. En fait cette approche n’est que la continuité du mantra « Name it, Claim it ! » propre aux courants de l’évangile de prospérité de la seconde moitié du XXe siècle aux USA.

Ce qu’il nous faut alors remarquer est la confusion anthropologique qui en découle. Une telle approche confond la « parole créatrice » de Dieu et le langage humain. Oui, il est vrai que Dieu créa l’univers et tout ce qui s’y trouve en « nommant » ce qu’Il créait. Cependant, la puissance créatrice ainsi manifestée résidait exclusivement dans le fait que c’est Dieu qui parlait. Or Lui seul, Père, Fils et Saint-Esprit, est celui de qui, par qui et pour qui sont toutes choses : Il est trois fois « saint » ! Cette réalité de la « parole créatrice » de Dieu en Genèse 1 s’enracine premièrement dans la singularité métaphysique de Dieu… et personne au sein de la création ne pourrait prétendre à un quelconque mimétisme tout aussi efficace… aussi pieux soit-il !

Ainsi, marcher dans une telle direction se révèle être premièrement une « confusion », une « confusion » entre le « Créateur » et la « créature ». Or une telle « confusion » n’entraînera alors qu’une exclusion : l’exclusion de la souveraineté même de Dieu.

En effet, si le chrétien possède ce mandat « créateur » par le biais de sa « parole », toute forme de souffrance sera alors comprise comme une œuvre du « mal » ou du « diable » [1] contre laquelle nous devrions justement lutter en exerçant ce mandat « créateur » à l’aide de paroles empreintes de foi. La « souffrance » ne sera alors jamais acceptée comme une chose étant intégrée dans l’exercice de la souveraineté de Dieu… mais comme une chose contre laquelle nous devons lutter en « manipulant » la « puissance souveraine » de Dieu à l’aide de nos « paroles de foi ». La créature croque encore dans ce mensonge qu’il peut être à l’égal de son Créateur.

Ainsi, à nouveau, nous pouvons remarquer que la « confusion » (dans ce cas-ci, la confusion entre le Créateur et la créature) entraîne « l’exclusion » (dans ce cas-ci, l’exclusion, dans notre compréhension, de l’exercice de la liberté souveraine propre à Dieu).

La confusion sotériologique

Peut-être certains d’entre vous se rappelleront-ils du musicien Carman qui, dans son album « Mission 3 :16 » enregistré en 1998, écrivit une chanson (« The champion » ) dans laquelle il compare la vie et la mort de Jésus-Christ à un combat de boxe entre Jésus-Christ et le diable, un combat pour lequel Dieu le Père en aurait été l’arbitre. Sans vouloir être trop dur théologiquement avec Carman (je suis conscient qu’un album de musique n’est pas un livre de théologie systématique (sauf avec l’excellent Shai Linne), une des nombreuses déformations théologiques importantes est le fait que la mort de Jésus à la croix soit réduite à une défaite face au diable sous l’arbitrage de Dieu le Père. Cependant, l’histoire de la rédemption, telle qu’elle nous est exprimée dans la Bible, nous présente certes le diable comme un ennemi du Christ et de son peuple, mais les souffrances que Jésus a vécues sur la croix étaient premièrement le fait du déversement de la coupe de la colère de Dieu le Père sur Dieu le Fils incarné, Lui qui était alors le substitut de son peuple. Dieu le Père fut plus qu’un simple arbitre à la croix… Il fut le juge qui déversa la juste condamnation de son peuple sur son Fils unique.

Vous pouvez alors remarquer ici une confusion d’ordre « sotériologique » dans laquelle l’œuvre accomplie par Jésus-Christ à la croix est rendue confuse. Or une telle confusion amène aussi une « exclusion » ! En effet, la confusion du rôle de Dieu le Père entre « arbitre » et « juge » amène beaucoup de chrétiens à exclure de leur compréhension le fait que Dieu soit notre juge. Ils excluent alors de leur compréhension le fait que son juste jugement pour les être humains rebelles que nous sommes est le juste déversement de sa sainte colère dans l’éternité future (Romains 2.5).

Une telle réalité est alors observable dans la manière dont certains prédicateurs évangéliques prêchent la mort de Christ. En effet, certains prédicateurs exposent la croix aux non-croyants comme le remède à une maladie dont nous serions « victimes », ou la guérison d’un esclavage dont nous serions « victimes ». Pourtant, l’Évangile nous déclare que nous ne sommes pas des victimes de notre péché : Nous aimons naturellement notre « péché » (Jean 3.19, Romains 1 & 2). De plus, bien que le salut qui nous est offert en Christ inclut clairement le fait d’avoir un cœur transformé, néanmoins cette œuvre de la nouvelle alliance est fondée sur la réconciliation offerte dans la mort de Jésus-Christ. C’est une réconciliation avec Dieu en étant uni à Dieu le Fils dans la puissance de Dieu le Saint-Esprit. Or dans cette « réconciliation », nous sommes alors sauvés du juste jugement de la colère de Dieu à notre égard car nous étions des ennemis de Dieu.

Conclusion

Je suis bien conscient que la formule « la confusion mène souvent à l’exclusion » n’est pas une règle de mathématique doctrinale qui s’applique de façon exhaustive à tous les cas de figures inimaginables (le terme « souvent » intègre ainsi cette idée). Cela étant dit, je suis convaincu qu’en tant que croyants nous sommes appelés à toujours rechercher le maximum de clarté doctrinale dans tout ce que nous affirmons à partir de la Parole de Dieu. Ce faisant, je crois que nous nous protégerons du danger d’exclure de notre compréhension certaines réalités doctrinales importantes. Cependant, je suis aussi conscient que nous demeurons des êtres limités encore marqués par l’effet noétique du péché (influence du péché sur notre intelligence) et que Dieu ne nous a pas tout révélé dans sa Parole (Deut 31.31). Il est alors de notre devoir de garder en tête cette maxime issue de la réforme « semper reformanda » qui souligne notre devoir d’être sans cesse « réformés » par la Parole de Dieu. Néanmoins, lorsque la Parole de Dieu est claire sur ce qu’elle affirme, évitons de la rendre confuse par une soi-disant « humilité » qui ne cacherait en fait qu’une profonde rébellion de nos affections vis-à-vis de ce que Dieu nous enseigne clairement.

 

[1] Malheureusement, le pasteur Bill Johnson va dans une direction similaire car il refuse de croire que Dieu puisse être impliqué d’une quelconque manière dans la souffrance des hommes : « Aujourd’hui, une large partie du corps de Christ croit que soit Dieu envoie la maladie, soit qu’il le permet afin de faire de nous un peuple meilleur en construisant notre caractère et en nous enseignant la valeur de la souffrance. Si Dieu permet la maladie, pouvons-nous toujours appeler le diable un « voleur » ? Car, après tout, si le voleur obtient la permission de voler, cela ne s’appelle plus un « vol ». » (B. Johnson & Randy Clark, The essential guide to healing, Chosen Books, 2011, p.126)

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